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REUTERS/CHARLES PLATIAU
Le skipper français Charlie
Capelle à bord de son trimaran "A Capella", quelques jours
avant le départ de la Route du rhum à Saint-Malo, le 26 octobre 2006.
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a Route du rhum
n'est pas qu'une histoire d'exploit sportif. Si la victoire express de
Lionel Lemonchois, lundi 6 novembre, sur Gitana 11 (en 7 jours, 17 heures et 17
minutes) figure parmi les records hauturiers, l'aventure de Charlie Capelle
et de son bateau appartient aussi à celle des légendes de l'océan.
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Des bateaux sans assurance
Le trimaran ACapella n'était
pas assuré. Il ne s'agissait pas d'une négligence :
presque tous les multicoques engagés sur la Route du rhum 2006 ont
renoncé à souscrire une assurance, tant le prix demandé est important.
Echaudé par les multiples incidents de course connus par ces bateaux,
les compagnies proposent des primes allant jusqu'à 20 % de la valeur
de ces multicoques, associées à une franchise est de 300 000 euros. Du
coup, s'assurer n'est plus rentable qu'en cas de perte totale du
bateau.
Cette année, sur les 12 trimarans de 60 pieds
engagés, seul celui de Franck Cammas, était assuré par son armateur, Groupama.
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Mardi 13 novembre au matin, après dix jours d'errance,
A Capella, le trimaran du navigateur vosgien de 51 ans, a retrouvé
La Trinité-sur-Mer, son port d'attache. Réplique
de l'Olympus de Mike Birch,
vainqueur, en 1978, de la première édition de la Transatlantique en
solitaire, A Capella, parrainé par le navigateur canadien, n'en
finit pas de renaître.
Sa dernière mésaventure a débuté le 1er novembre. Ce jour-là, à
13 h 48 et à 200 milles du cap Finisterre, Charlie Capelle, en pleine
course, a activé sa balise de détresse. Un problème de pilote automatique
avait provoqué le chavirage du voilier. L'homme avoue avoir eu "la
peur de (sa) vie". Par 35 noeuds de vent, il s'est hissé peu après
à bord du monocoque de Philippe Legros, un autre concurrent qui croisait
dans les parages. Le trimaran jaune a disparu à l'horizon.
"Dès le chavirage, nous avons reçu des propositions d'aide
spontanées de la part des autres concurrents, raconte Catherine
Capelle, l'épouse du marin. Tout le monde nous a appelés." Mais
la solidarité a ses limites. Les 5 000 euros récoltés grâce à la centaine
de dons adressés via le site Internet du marin (acapellaocean.com)
sont loin de couvrir les 40 000 euros requis pour le sauvetage du voilier.
"JE NE PEUX
PAS RENONCER"
Il en fallait davantage pour
démoraliser le Vosgien. Jeudi 9 novembre au soir, profitant d'une "météo
d'hirondelle", Charlie Capelle a appareillé à bord du bien-nommé Massabielle
(nomde la célèbre grotte de Lourdes), un thonier-senneur de l'île d'Yeu. A ses côtés, Olivier,
préparateur de Gitana et expert dans les
opérations de sauvetage, Jean-Luc, pompier plongeur à Lorient, et
l'équipage du bateau font des miracles.
Localisé le samedi grâce à sa balise Argos, retourné le lendemain, A
Capella a pu être remorqué jusqu'à La Trinité. "950 milles
aller-retour, 10 tonnes de gasoil. Il va falloir travailler pour payer nos
dettes", soupire le marin. Le voilier nécessite "un petit
travail de cosmétique", estimé à 800 heures. Charlie Capelle se
dit prêt à repartir, mais en double cette fois : "Mike m'a repassé
le flambeau, je ne peux pas renoncer."
Le bateau est un habitué des coups durs. Construit en 1980 dans le Maine
(Etats-Unis), chez Walter Greene, où Charlie Capelle a fait son
apprentissage en construction navale, A Capella a participé à sa
première Route du rhum en 1982, Yves le Cornec à
ses commandes. En 1983, lors d'une sortie en mer, le trimaran a heurté une
épave vers l'île de Sein. Le choc fut rude et l'embarcation donnée pour
défunte. Mais, après en avoir partiellement réparé les coques sur la plage
du Fret à Crozon, Charlie Capelle l'a convoyé sous gréement de fortune vers
La Trinité, où il a installé depuis son chantier, Technologie Marine. La
reconstruction a duré sept ans et a demandé 5 000 heures de travail.
En 1998, le marin a décidé de
participer à sa première Route du rhum. Lors du convoyage retour, le
trimaran a chaviré sous l'île Sable à Terre-Neuve. L'équipage est sauvé,
mais A Capella commence alors une dérive sur l'océan. En 2000, le
mail d'un touriste scandinave a informé Charlie Capelle que son bateau se
trouvait en Galice, à O Vicedo. Amarré à l'envers
pendant neuf mois, la direction du port l'a installé sur une plage où il
est devenu le terrain de jeux des enfants... En 2000, le navigateur a
racheté ce qui restait de son embarcation. Puis il s'est remis à l'ouvrage pour 3
000 heures supplémentaires.
Sponsorisé
par la société Switch, dont le PDG, Jean-Pascal
Siméon, avoue avoir été sensible à son côté "hautement
symbolique", A Capella n'était pas le moins remarqué sur
les pontons de Saint-Malo avant le départ de sa
troisième transatlantique. "Ce bateau, c'était une pièce de musée.
Il n'aurait jamais dû faire le Rhum, explique Catherine Capelle. Pas
parce qu'il était fragile, mais parce qu'il était trop beau."
Jean-Jacques Larrochelle
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