Charlie Capelle ramène "A Capella", miraculé des eaux, à bon port

LE MONDE | 15.11.06 | 15h26  •  Mis à jour le 15.11.06 | 15h26

 

Le skipper français Charlie Capelle à bord de son trimaran "A Capella", quelques jours avant le départ de la Route du rhum à Saint-Malo, le 26 octobre 2006. | REUTERS/CHARLES PLATIAU

REUTERS/CHARLES PLATIAU

Le skipper français Charlie Capelle à bord de son trimaran "A Capella", quelques jours avant le départ de la Route du rhum à Saint-Malo, le 26 octobre 2006.

 







La Route du rhum n'est pas qu'une histoire d'exploit sportif. Si la victoire express de Lionel Lemonchois, lundi 6 novembre, sur Gitana 11 (en 7 jours, 17 heures et 17 minutes) figure parmi les records hauturiers, l'aventure de Charlie Capelle et de son bateau appartient aussi à celle des légendes de l'océan.

Des bateaux sans assurance

Le trimaran ACapella n'était pas assuré. Il ne s'agissait pas d'une négligence : presque tous les multicoques engagés sur la Route du rhum 2006 ont renoncé à souscrire une assurance, tant le prix demandé est important. Echaudé par les multiples incidents de course connus par ces bateaux, les compagnies proposent des primes allant jusqu'à 20 % de la valeur de ces multicoques, associées à une franchise est de 300 000 euros. Du coup, s'assurer n'est plus rentable qu'en cas de perte totale du bateau.

Cette année, sur les 12 trimarans de 60 pieds engagés, seul celui de Franck Cammas, était assuré par son armateur, Groupama.

 
 

 

 

 

 

 

 


Mardi 13 novembre au matin, après dix jours d'errance, A Capella, le trimaran du navigateur vosgien de 51 ans, a retrouvé La Trinité-sur-Mer, son port d'attache. Réplique de l'Olympus de Mike Birch, vainqueur, en 1978, de la première édition de la Transatlantique en solitaire, A Capella, parrainé par le navigateur canadien, n'en finit pas de renaître.
Sa dernière mésaventure a débuté le 1er novembre. Ce jour-là, à 13 h 48 et à 200 milles du cap Finisterre, Charlie Capelle, en pleine course, a activé sa balise de détresse. Un problème de pilote automatique avait provoqué le chavirage du voilier. L'homme avoue avoir eu "la peur de (sa) vie". Par 35 noeuds de vent, il s'est hissé peu après à bord du monocoque de Philippe Legros, un autre concurrent qui croisait dans les parages. Le trimaran jaune a disparu à l'horizon.
"Dès le chavirage, nous avons reçu des propositions d'aide spontanées de la part des autres concurrents, raconte Catherine Capelle, l'épouse du marin. Tout le monde nous a appelés." Mais la solidarité a ses limites. Les 5 000 euros récoltés grâce à la centaine de dons adressés via le site Internet du marin (acapellaocean.com) sont loin de couvrir les 40 000 euros requis pour le sauvetage du voilier.

"JE NE PEUX PAS RENONCER"

Il en fallait davantage pour démoraliser le Vosgien. Jeudi 9 novembre au soir, profitant d'une "météo d'hirondelle", Charlie Capelle a appareillé à bord du bien-nommé Massabielle (nomde la célèbre grotte de Lourdes), un thonier-senneur de l'île d'Yeu. A ses côtés, Olivier, préparateur de Gitana et expert dans les opérations de sauvetage, Jean-Luc, pompier plongeur à Lorient, et l'équipage du bateau font des miracles.
Localisé le samedi grâce à sa balise Argos, retourné le lendemain, A Capella a pu être remorqué jusqu'à La Trinité. "950 milles aller-retour, 10 tonnes de gasoil. Il va falloir travailler pour payer nos dettes", soupire le marin. Le voilier nécessite "un petit travail de cosmétique", estimé à 800 heures. Charlie Capelle se dit prêt à repartir, mais en double cette fois : "Mike m'a repassé le flambeau, je ne peux pas renoncer."
Le bateau est un habitué des coups durs. Construit en 1980 dans le Maine (Etats-Unis), chez Walter Greene, où Charlie Capelle a fait son apprentissage en construction navale, A Capella a participé à sa première Route du rhum en 1982, Yves le Cornec à ses commandes. En 1983, lors d'une sortie en mer, le trimaran a heurté une épave vers l'île de Sein. Le choc fut rude et l'embarcation donnée pour défunte. Mais, après en avoir partiellement réparé les
coques sur la plage du Fret à Crozon, Charlie Capelle l'a convoyé sous gréement de fortune vers La Trinité, où il a installé depuis son chantier, Technologie Marine. La reconstruction a duré sept ans et a demandé 5 000 heures de travail.

En 1998, le marin a décidé de participer à sa première Route du rhum. Lors du convoyage retour, le trimaran a chaviré sous l'île Sable à Terre-Neuve. L'équipage est sauvé, mais A Capella commence alors une dérive sur l'océan. En 2000, le mail d'un touriste scandinave a informé Charlie Capelle que son bateau se trouvait en Galice, à O Vicedo. Amarré à l'envers pendant neuf mois, la direction du port l'a installé sur une plage où il est devenu le terrain de jeux des enfants... En 2000, le navigateur a racheté ce qui restait de son embarcation. Puis il s'est remis à l'ouvrage pour 3 000 heures supplémentaires.
Sponsorisé par la société Switch, dont le PDG, Jean-Pascal Siméon, avoue avoir été sensible à son côté "hautement symbolique", A Capella n'était pas le moins remarqué sur les pontons de Saint-Malo avant le départ de sa troisième transatlantique. "Ce bateau, c'était une pièce de musée. Il n'aurait jamais dû faire le Rhum, explique Catherine Capelle. Pas parce qu'il était fragile, mais parce qu'il était trop beau."

Jean-Jacques Larrochelle

 

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